
elle ne se lasse pas de lire et de relire ce journal qui parle si bien de la vie simple.
Simplicité de la vérité naturelle
La vérité est donc simple : la terre, qui est notre mère commune, a la capacité de nourrir tous les hommes, femmes et enfants de monde. La Terre est la source, ou la matière féconde, d'où l'on tire la richesse. De la sorte, le travail de l'homme dépend de la matière, c’est-à-dire de la terre qui le produit, et la richesse en elle-même, n'est pas autre chose que la nourriture, les maisons, les forêts et les champs, les animaux et les êtres qui peuplent la vie. La Terre produit de l'herbe, des racines, des grains (blé, orge, avoine, maïs, etc.), du lin, du coton, du chanvre, des arbrisseaux et bois de plusieurs espèces, avec des fruits, des écorces et feuillages de diverses sortes, comme celles des Meuniers pour les Vers à soie ; elle produit des Mines et Minéraux. Le travail de l'homme donne la forme de richesse à tout cela. Les Rivières et les Mers fournissent des Poissons, pour la nourriture de l'homme, et plusieurs autres choses. Mais ces Mers et ces Rivières appartiennent aux Terres adjacentes, et c’est le travail de l'homme qui en tire le poisson, et autres avantages concrets.
La devise des moines bénédictins « Ora et Labora » s’applique ainsi à toute vie chrétienne : le travail doit être ordonné à la prière, mais la nature même du travail intervient dans la qualité de cette prière. Toute activité n’est pas propice à la prière, et la terre seule est donatrice de vérité. A ce titre, c’est sans doute l’auteur « d’Amori et Dolori sacrum » (1903), Maurice Barrès (1862-1923), qui sut le mieux résumer l’importance de ce que nous devons à l’héritage de la terre, à ceux qui l’ont travaillée et la travaillent encore : «C'est là que notre race acquit le meilleur d'elle-même. Là, chaque pierre façonnée, les noms mêmes des lieux et la physionomie laissée aux paysans par des efforts séculaires nous aideront à suivre le développement de la nation qui nous a transmis son esprit. En faisant sonner les dalles de ces églises où les vieux gisants sont mes pères, je réveille des morts dans ma conscience (...) Chaque individu possède la puissance de vibrer à tous les battements dont le cœur de ses parents fut agité au long des siècles. »
Madame Bavoil aime beaucoup ce texte


"Le matin du battage, on attendait qu'il fasse très chaud pour amener les boeufs dans l'
aghja (l'aire) au hameau d'Amagu. La chaleur est indispensable pour que l'épi sèche et que le grain se détache de son enveloppe. Les boeufs tournaient jusqu'à midi sous une chaleur torride, mon père me demandait de retourner la
trida (paille écrasée). On enlevait aussi la plus grosse paille et les noeuds des ligatures de gerbes avec une
palmula (fourche large). De temps en temps, on changeait le sens de rotation des boeufs pour qu'ils se fatiguent moins. A midi on s'arrêtait pour faire boire les boeufs et manger quelque chose. On reprenait une heure après pour continuer le battage des gerbes. Il fallait deux jours pour battre le blé. Quand la paille était suffisamment écrasée et que le blé s'entassait, on sortait les boeufs et on commençait à vanner avec une fourche. La paille était retirée de l'aire puis il fallait attendre le vent pour vanner le blé. Quand le vent se mettait à souffler en milieu de matinée, chacun prenait une fourche ou une pelle pour séparer la paille du blé. On lançait la paille et le blé en l'air en nous mettant face au vent pour que la paille s'envole en sens contraire hors de l'aire à blé. Je me rappelle, c'était une tâche très pénible car il faisait très chaud, on transpirait et on était recouvert de poussière qui nous collait à la peau. A la fin de la journée on avait les yeux rougis et enflés à cause des débris de paille. ça nous faisait très mal... A la fin de la
tribbiera (battage), les femmes entraient en action avec les balais de bruyère pour enlever la paille et les noeuds restants puis entasser le blé. On mettait des morceaux de bois pour empêcher le blé de s'éparpiller sur le sol. C'était un travail pénible, souvent on chantait pour oublier la fatigue et la chaleur qui nous brûlait le visage, mais il fallait manger et chacun mettait du coeur à l'ouvrage pour accomplir cette tâche collective. Aujourd'hui, il est facile d'acheter un kilo de farine dans une épicerie, mais de notre temps on devait travailler toute une année pour avoir un morceau de pain..."
Témoignage de Joachim Acquaviva, extrait de Tempi fà de Pierre-Jean Luccioni.

Aujourd'hui c'est racine. Après la messe Madame Bavoil va planter sa deuxième tournée de radis et de carottes.